Comment les diplômés d’OpenClassrooms sont validés

Je reçois souvent des questions sur la façon dont on valide les compétences des étudiants sur OpenClassrooms. Quand on n’est pas habitué à notre façon de former en ligne, on a de quoi être sceptique :

  • Qu’est-ce qui prouve que l’étudiant a bien suivi les cours ?
  • Qu’est-ce qui prouve que l’étudiant n’a pas triché à ses examens avec des antisèches ?
  • Et d’ailleurs, qu’est-ce qui prouve que c’était bien lui et pas un ami qui répondait aux questions ?

Pour certains, l’examen en salle (comme au Bac) reste le plus sûr. Un surveillant passe dans les rangs, les portables sont interdits et les calculatrices ne doivent surtout pas être trop puissantes. Vous noterez que tout cela n’a jamais vraiment complètement empêché la triche (il faut dire que les étudiants peuvent être inventifs !).

Spoiler alert : la triche existe partout, y compris sur OpenClassrooms. Mais nous avons développé avec le temps un système solide que je vais vous présenter ici.


Un contrôle continu par projets

Nous avons opté pour un contrôle continu strict plutôt qu’un méga examen final. Cela nous paraît bien plus adapté.

Il faut savoir que chaque formation diplômante est articulée autour de projets à réaliser, une dizaine environ. De nombreux cours sont disponibles pour aider à compléter ces projets, mais leur lecture n’est pas obligatoire.
C’est d’ailleurs une des décisions les plus contre-intuitives et les plus importantes que j’aie eu à prendre. La lecture des cours ne prouve en effet pas grand chose, mais réaliser un projet prouve en revanche qu’on sait mettre en oeuvre des compétences.

Les multiples niveaux de validation

La validation suit plusieurs étapes. A chacune d’elles correspond une validation supplémentaire :

  1. L’étudiant est accompagné par son mentor chaque semaine en visioconférence. Le mentor est un expert du métier. Il voit l’étudiant progresser petit à petit sur le projet, le conseille, l’encourage. Il prend des notes sur ses progrès, alerte quand l’étudiant risque de décrocher.
    Lorsque le mentor estime que le projet est terminé, il passe la main à un évaluateur, un autre expert choisi aléatoirement.
  2. L’évaluateur interroge l’étudiant sur son projet en visioconférence en direct. La vidéo est enregistrée et ajoutée au dossier de l’étudiant. On lui demande comment il a fait, on lui pose des questions pour vérifier qu’il maîtrise son projet. Souvent, cela prend la forme d’un jeu de rôle.
    Si l’évaluateur considère que l’étudiant n’a pas entièrement acquis les compétences, il l’invite à améliorer son projet. Cela arrive à la plupart des étudiants et n’est absolument pas considéré comme un échec.
  3. Dès que le projet est validé, l’étudiant passe au projet suivant avec son mentor. Les étapes 1 et 2 sont donc répétées jusqu’à ce que tous les projets soient validés.
  4. En parallèle, des évaluateurs sont invités à regarder des vidéos de soutenance aléatoires et à donner leur avis : auraient-ils validé ce projet-là ou non ? Ils ne savent pas ce que l’autre évaluateur a décidé, ce qui nous permet de repérer des écarts.
  5. A tout moment, en cas de suspicion de fraude, on peut nous alerter via un système de signalement (whistleblowing). Nous enquêtons le plus souvent pour des suspicions de plagiat (qui ne sont pas toujours avérées).
  6. Ce n’est pas fini ! Une fois tous les projets validés, le dossier de l’étudiant passe entre les mains du jury du diplôme. Le jury est composé d’experts du métier, de recruteurs et de l’équipe pédagogique d’OpenClassrooms avec un mentor. Ce jury regarde les documents à sa disposition :
    • Les notes hebdomadaires du mentor sur le progrès de l’étudiant
    • Les documents et projets réalisés par l’étudiant
    • Les vidéos des sessions de validation
  7. Si le jury rend un verdict positif sur son travail, l’étudiant se voit délivrer son diplôme. Ouf !
    En cas de doute, le jury demandera à l’étudiant de réaliser un projet supplémentaire et à le rencontrer si nécessaire. Cela arrive rarement (moins de 5% des cas en moyenne) car le système de validation continu est rigoureux, mais cela arrive.
La validation multi-niveaux d’OpenClassrooms

Un système solide… qui ne peut être 100% parfait

Comme vous le voyez, le système de validation multi-niveaux d’OpenClassrooms est assez unique en son genre. Il est exigeant et rigoureux. Je ne suis pas objectif puisque j’ai contribué à le mettre en place, mais je le pense sincèrement : de multiples garde-fous sont présents tout au long du processus.

Est-ce un système parfait pour autant ? Non. Par ailleurs, nous avons régulièrement des alertes d’étudiants qui auraient plagié les projets d’autres étudiants via notre système de whistleblowing. Parfois ce sont de fausses alertes, parfois ce sont de vrais cas qui nous poussent à intervenir. Mais pour moi, c’est aussi un signe que le système fonctionne : on ne peut pas empêcher les tentatives de triche, mais on peut les repérer.

Toutes ces vérifications ont un coût que nous assumons car cela nous semble être la chose juste à faire. Nous allons continuer à améliorer ce système avec le temps, en particulier l’analyse aléatoire en double aveugle entre évaluateurs qui vient de démarrer cette année !

Et pour vous, qu’est-ce qui fait un bon système d’évaluation ?

On ne choisit pas ce qu’on aime

« Il ne fait rien de la journée, ses notes sont en chute libre. Je n’arrive pas à le motiver à quoi que ce soit. »

Une mère de famille me tenait ce discours à propos de son fils adolescent. Elle voulait que je l’aide, que je le motive à quelque chose peut-être. Mais quoi ?

Le problème commençait à prendre des proportions qui l’inquiétaient de plus en plus. Toutes ses tentatives de le motiver à quelque chose semblaient avoir échoué. Face à cette impasse, que faire ?

Au risque de vous décevoir, cette histoire n’a pas d’heureux dénouement (ni de dénouement tout court d’ailleurs). Aller voir un adolescent qui n’avait rien demandé pour tenter de le motiver à faire « quelque chose » ? Bonjour la mission impossible. Je ne suis pas fou.

Je ne suis pas allé plus loin car, quelque part, je ressentais que le problème était mal posé. Evidemment, cet adolescent souffrait probablement d’un mal-être. Il n’était pas excité par ce qu’il faisait, par ce qu’il apprenait à l’école. Bref, un spécimen d’adolescent tout à fait courant. 😅


Maintenant, de deux choses l’une :

  • Soit cet adolescent n’avait pas trouvé ce qu’il aimait. L’idéal est alors de prendre du recul et se donner le temps et les occasions de le découvrir. Voyager aide. Tester des métiers aide. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons conçu Prép’apprentissage, pour faire tester 4 métiers différents avant de s’engager dans l’un d’eux en formation en apprentissage.
  • Soit cet adolescent avait trouvé ce qu’il aimait, mais il n’en était pas conscient. Et c’est bien là le problème : beaucoup savent ce qu’ils aiment au fond mais enfouissent cette idée dans les tréfonds de leur conscience car elle ne correspond pas aux attendus de la société.

J’aimerais évoquer ici le second cas. Après tout, si ce qu’on aime ne correspond pas aux attendus, s’il n’y a (apparemment) pas de débouchés, alors il suffit de changer. Il suffit… de se forcer à aimer autre chose… n’est-ce pas ?

J’ai mis du temps à le réaliser, mais c’est tout bonnement impossible, sauf à se faire durablement souffrir psychologiquement.

On ne choisit pas ce qu’on aime. On ne choisit pas qui on aime. Ca vous tombe dessus, tout simplement.

La société, votre famille, vos amis, vous mettront indirectement la pression pour aller dans la voie convenable. Personne ne vous dit que ce que vous aimez « n’est pas une voie convenable », mais vous avez bien compris que c’était le message. Alors vous essayez de plaire, de faire ce qu’on attend de vous. Vous vous forcez. Ca marche un temps, mais vous vous mentez à vous-même. Vous pouvez fuir, ça ne changera rien à ce que vous aimez.

Si vous aimez un type d’activité, être plutôt seul ou au contraire en groupe, travailler avec un certain type de personnes… c’est vous. Vous êtes comme ça.

Vous pouvez tordre la vérité, la jeter au fond d’un trou : elle reviendra vous voir, elle vous retrouvera et vous suivra inlassablement.

On ne choisit pas ce qu’on aime. On ne choisit pas qui on aime. Ca vous tombe dessus, tout simplement. A vous d’en faire quelque chose.

Le triple bilan 💰🤝🌱

Pour prendre les bonnes décisions, une entreprise a besoin d’un document qui résume sa situation. Ce document doit être une sorte de photo de l’entreprise. Une photo qui dit : « voilà qui nous sommes, voilà où nous en sommes ». Il nous permet de décider dans quelle direction aller.

Historiquement, ce document est le bilan comptable. Il permet d’observer l’entreprise sur son aspect financier.

Un bilan comptable (exemple fictif)

Ce document (avec d’autres documents financiers) sert de base de discussion : comment va l’entreprise, que doit-on faire, etc. Globalement, la discussion est centrée autour de ces informations financières.

Or, si les documents financiers indiquent la viabilité de l’entreprise, ils ne donnent pas de contexte sur d’autres enjeux tout aussi importants, comme son bilan social ou environnemental. On se rend compte aujourd’hui que piloter une entreprise uniquement sur le plan financier peut amener à des désastres sociaux et environnementaux. Une entreprise peut être très rentable, très bien gérée, et pourtant polluer terriblement la planète.

Le problème est qu’il n’y a pas vraiment de standard pour faire le bilan des aspects sociaux et environnementaux. Il y a bien B Corp dont je parlais récemment (et impact.gouv.fr en France depuis peu), mais cela reste loin de la maturité des standards financiers.

Regardez un bilan financier : sa structure est claire, il y a des normes, des normes internationales (et encore, cela varie parfois). Pour un bilan social et environnemental, chacun y va encore de la façon qui l’arrange le plus, pour présenter l’entreprise sous son meilleur jour si possible. Voilà comment on en arrive à faire du social washing et du green washing.

Que fait OpenClassrooms ?

OpenClassrooms est une entreprise à mission et sa mission est sociale : rendre l’Education accessible. Son impact est sur l’emploi : nous mesurons le nombre d’emplois que nous parvenons à créer. Notre objectif est d’aider 1 million d’étudiants dans le monde à trouver un emploi en 2025.

Mais OpenClassrooms, comme toute entreprise, a aussi un impact environnemental, qu’on le veuille ou non. Nous ne sommes pas une entreprise « green tech » mais nous avons une responsabilité. C’est pour cela que nous commençons à mesurer cet impact : que produisent nos propres déplacements professionnels, mais aussi et surtout nos serveurs ?

L’empreinte carbone d’OpenClassrooms est mesurée selon un protocole précis
(source : Quantis)

Pour OpenClassrooms, l’essentiel des émissions est dans le scope 3 à savoir les émissions indirectes. Il faut être précis et comparer les étudiants gratuits (sur les cours), les étudiants payants (sur les parcours), regarder leur usage, etc.

Ce travail a été fait par Quantis, et nous en avons les premiers résultats aujourd’hui. Sans tout détailler ici, car c’est un peu tôt, nous avons un premier enseignement : c’est d’abord le visionnage de vidéos qui provoque le plus de rejets de CO2.

Les principales émissions de CO2 pour OpenClassrooms viennent du visionnage des vidéos (source: Quantis)

Que faire ensuite ?

Ce n’est qu’un premier pas, mais un pas important : nous avons maintenant une première mesure de notre impact. Il nous reste encore beaucoup à faire.

Nous savons que les vidéos sont consommatrices de ressources. Nous pouvons tenter d’optimiser la bande passante, éviter de les lancer automatiquement, etc. C’est ce que nous allons regarder de plus près.

Si on prend du recul, une question nous taraude : est-ce plus doux pour la planète de se former en ligne ou en présentiel ? Nous n’avons pas encore la réponse : il y a beaucoup moins de déplacements des étudiants et professeurs, mais en revanche il y a beaucoup plus de serveurs. Nous avons l’intuition que la formation en ligne a moins d’impact environnemental, mais cela reste encore à prouver.

En revanche, nous avons une conviction dans tous les cas : nous voulons contribuer à la neutralité carbone de nos émissions. Cela veut dire que le diplôme de chaque étudiant doit être neutre en carbone à l’avenir. Pour cela, il faut réduire notre impact mais aussi financer des projets ayant un impact positif pour l’environnement. Cela réduira mécaniquement notre marge financière, mais c’est un compromis que nous devons faire. Nous avons une responsabilité.

Plus tard, nous aspirons à atteindre un certain Graal du reporting. Au lieu de faire simplement un reporting financier, nous combinerions :

  • Reporting financier 💰 : quelle est notre santé financière ?
  • Reporting social 🤝 : quel est notre impact sur l’emploi ?
  • Reporting environnemental 🌱 : quel est notre impact sur la planète ?

Cela devrait donner une vue plus complète et plus juste d’une entreprise comme OpenClassrooms. Le chemin pour y parvenir sera peut-être long, mais nous avons hâte !

Pourquoi le label B Corp mérite d’être plus connu

OpenClassrooms a récemment obtenu le label B Corp. Pourtant, quand j’en parle autour de moi, les regards sont souvent incrédules, parfois même désintéressés. B Corp ne semble tout simplement pas connu du grand public.

Pourtant, pour avoir vu ce qu’était la certification B Corp, je suis désormais convaincu d’une chose : B Corp gagnerait à être plus connu. Ce label représente à mon sens beaucoup de ce que les gens attendent aujourd’hui d’une entreprise. Il y a eu tellement de green washing, social washing et maintenant mission washing qu’il est normal d’être un peu sceptique. Mais B Corp est vraiment sérieux. Voici pourquoi.


Le label B Corp

Le label B Corp a pour objectif de « certifier les entreprises privées qui intègrent dans leur mission, leur modèle économique, leurs effectifs, leurs produits, des objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux ».

Ce n’est pas du blabla. B Corp est un label international exigeant. Il faut répondre à plus de 200 questions, c’est le B Impact Assessment. Ce questionnaire est ouvert à tous et gratuit. Il faut moins d’une heure pour avoir un premier aperçu, mais en pratique il faudra plusieurs heures pour avoir un résultat final : le score de votre entreprise.

Les questions sont réparties en plusieurs catégories :

  • Gouvernance : comment l’entreprise est gérée
  • Travailleurs : comment l’entreprise fonctionne avec ses équipes
  • Communauté : quel est l’impact de l’entreprise sur la société
  • Environnement : quel est l’impact de l’entreprise sur l’environnement
  • Clients : comment l’entreprise crée de la valeur pour ses clients

Voici un aperçu des questions pour vous montrer à quel point c’est pointu :

Toutes ces questions permettent de totaliser au maximum 200 points. Personne n’atteint les 200 points en pratique :

  • En moyenne, les entreprises « ordinaires » ont un score d’environ 50.
  • Pour être labellisé B Corp, il est nécessaire d’avoir un score d’au moins 80.
  • OpenClassrooms a obtenu dès la première année un score de 101,2, ce qui est vraiment bon, mais bien sûr encore améliorable.
  • Quelques entreprises exceptionnelles parviennent à un score de 130, voire 150.
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Signification du B Impact Score

Il ne suffit pas de répondre aux questions pour être certifié. Il faut ensuite passer un véritable examen pour prouver les réponses à vos questions. Un examinateur (c’est là que ça devient payant) va vous demander des preuves de ce que vous avancez.

L’examinateur nous demande des preuves de notre politique d’allaitement pour les jeunes mamans

Le score est ensuite validé par l’examinateur, puis publié en ligne. Par exemple, le score d’OpenClassrooms est disponible en ligne ici.

Le score d’OpenClassrooms officiellement certifié est disponible en ligne.
La moyenne des entreprises est 50,9. Le score de 80 est le minimum pour être certifié.

L’histoire ne s’arrête pas là. Le score est valable 3 ans. Il faut ensuite repasser le questionnaire.

L’objectif est bel et bien de s’améliorer : B Corp est au fond un vrai processus d’amélioration continue, et pas juste un label. Nous avons déjà travaillé en petits groupes chez OpenClassrooms pour identifier comment nous pouvons nous améliorer… et avoir un meilleur score la prochaine fois. 😊

Enfin, B Corp est aussi un réseau d’entreprises qui vont en général vouloir travailler ensemble. Parmi les plus connues à l’international, citons Patagonia et Ben&Jerry’s. En France, la Camif, Welcome to the jungle, Nature&Découvertes… et même Citizen Capital, un fond d’investissement qui a investi notamment chez… OpenClassrooms. Le monde est petit. 🙃

Quel est l’impact du test d’admission sur la réussite des étudiants ? 🧪

Qu’est-ce qu’une bonne formation ?

Est-ce une formation dont les étudiants ont un bon taux de réussite ? Mais alors, devrait-on viser les 100% de taux de réussite ?

Voilà un moment que je me dis qu’on a suffisamment de matière sur OpenClassrooms pour contribuer à la discussion publique autour de l’Education. Bien sûr, on a un biais, c’est évident, mais est-ce que ça devrait nous empêcher de partager ce qu’on apprend ?

Au pire, les retours nous aideront à repérer nos erreurs.
Au mieux, ce que nous apprenons pourra être utile à d’autres.


Cela fait des années que des chercheurs essaient de trouver les ingrédients qui font qu’une formation est efficace. Nous voulons tous augmenter les chances de réussite des étudiants. Le problème, c’est qu’on n’a pas trouvé de moyen simple de le faire (à part donner des diplômes en chocolat à tout va, bien sûr 🍫).

On l’a vu, proposer des cours en ligne gratuits et ouverts à tous, comme des MOOCs, n’est pas une solution magique. De très nombreux cours sont désormais accessibles à tous en ligne, que ce soit sur YouTube ou bien sur OpenClassrooms où les cours sont gratuits depuis le premier jour. Mais le sujet de l’accessibilité de l’Education n’a pas été résolu pour autant.

Je me suis donc dit que ce serait une bonne idée de faire de la recherche sur nos données et de partager ces résultats. Même si je n’ai pas d’expérience en recherche, même si je sais que c’est loin d’être parfait, je me suis dit qu’il fallait bien commencer quelque part.

Notre première analyse porte sur l’impact du processus d’admission sur la réussite moyenne des étudiants. Parfois, nos étudiants passent par un processus d’admission, parfois ce n’est pas le cas. Est-ce que les étudiants qui passent par ce processus d’admission, par cet examen d’entrée, ont plus de chances de réussir leur formation que les autres ?

Après tout, pourquoi faire des tests à l’entrée dans les écoles ? On pourrait (en théorie) laisser sa chance à tout le monde. C’est d’autant plus vrai pour les écoles en ligne comme OpenClassrooms, où les problématiques de places disponibles se posent moins.

Sauf que voilà, ce n’est peut-être pas une bonne idée non plus. Cela voudrait aussi dire que beaucoup d’étudiants démarreraient la mauvaise formation, échoueraient et perdraient du temps. J’ai voulu savoir si, au fond, le processus d’admission aidait à augmenter le taux de réussite moyen d’une formation. Il semble que oui : en moyenne, les étudiants qui passent par un processus d’admission au début ont 62% de chances de plus de réussir leur formation.


Cependant, ce n’est pas aussi simple que ça. D’autres facteurs semblent jouer dans la réussite : le suivi par un mentor, avoir un tuteur en entreprise, avoir déjà un bon niveau scolaire, avoir un rythme clairement défini… Nous ne savons pas à quel point ces éléments jouent, mais nous comptons creuser cela lors de futures recherches.

En attendant, vous pouvez librement consulter cette analyse en ligne (en anglais). N’hésitez pas à réagir, à me dire ce que vous en pensez et à poser des questions ! Il y a beaucoup de matière et j’aimerais vraiment que cela puisse servir à d’autres écoles, aux étudiants comme aux pouvoirs publics, pour les aider dans leurs décisions.

Lire le document de recherche:
« How does the presence of an admission process impact students’ likelihood of success?« 

Photo by Joyce McCown on Unsplash

Comment je suis devenu étudiant sur OpenClassrooms à mon tour

Dans le monde des startups, il y a une expression qui circule que j’aime beaucoup : « Eat your own dog food » (qu’on pourrait traduire poliment par « Mangez votre propre soupe »). L’idée est que, si votre produit est aussi bon que vous le prétendez, vous devriez le consommer vous-mêmes. Je ne sais pas d’où vient l’expression (d’un producteur de nourriture pour chiens j’imagine ?) mais elle a le mérite d’être directe !

J’ai souvent consulté des cours sur OpenClassrooms mais ces cours sont gratuits. On ne les vend pas. Le produit que l’on vend, ce sont les formations organisées autour de ces cours, qui amènent à un diplôme. Elles consistent à réaliser des projets avec l’aide d’un mentor et des cours. Et ça, je ne l’avais jamais fait moi-même.

Pourtant, j’ai moi aussi besoin de me former régulièrement. Mon travail consiste aujourd’hui à piloter l’innovation de l’entreprise… et avec une boîte de 300 personnes maintenant, c’est un nouveau challenge pour moi.

Ca tombe bien : nous proposons une formation en anglais réalisée en partenariat entre OpenClassrooms et Stanford (une université dont vous avez normalement entendu parler 😅). Elle s’appelle Digital Transformation Lead.

Moi (en bas) concentré pendant ma soutenance !

Seul problème : cette formation complète est longue et je ne suis pas intéressé par tous les projets. Ca tombe bien, car on offre aussi la possibilité de faire un morceau de formation (juste 1 ou 2 projets) et d’obtenir un certificat pour ce morceau. Ce n’est pas encore particulièrement mis en avant mais ce sera prochainement le cas. En attendant, l’offre est proposée aux entreprises sous le nom de BOOST.

Je suis parti sur la formation BOOST « Change management » qui est donc un morceau de la formation Digital Transformation Lead avec Stanford.

Je me suis donné 3 mois à la fin de 2020 pour faire cette formation, basée sur un unique (mais gros) projet. Il m’aura fallu un peu plus de 2 mois en pratique.

Ce que j’ai pensé de ma formation

  • Il n’y avait qu’un projet… mais quel projet ! Il était très complet, assez difficile mais vraiment bien conçu. Il donnait assez de latitude pour aborder le problème comme on le souhaitait, ce que j’ai beaucoup aimé.
    J’ai repéré quelques petites incohérences dans l’énoncé que l’on a pu rapidement corriger après discussion avec mon mentor. Il faut dire que j’étais parmi les premiers étudiants sur ce projet !
  • J’ai eu une excellente expérience avec mon mentor Mike. Il était très sympathique, prévenant et bien informé. Il a été un élément essentiel pour ne pas dire pivot de ma réussite.
    Je ressors d’autant plus convaincu que le fit entre le mentor et l’étudiant est essentiel. Pour ça, il faut s’assurer que l’on a des relations de qualité. J’ai plein d’idées pour cela et on va commencer des premiers tests bientôt.
  • Je n’ai pas utilisé tous les cours. Ceux-ci ne sont pas obligatoires pour valider la formation, c’est une des spécificités d’OpenClassrooms. Je pense que cela dépend des étudiants : certains adorent et veulent tous les faire, d’autres veulent aller plutôt droit au but (je suis de ceux-là). C’est l’avantage des formations OpenClassrooms : elles ne nous forcent en rien. Si un cours ne nous intéresse pas on peut l’ignorer ou en suivre un autre. Apparemment, d’autres étudiants sur le même parcours ont consommé tous les cours avec avidité. Moi je n’en ai pas ressenti autant le besoin.
  • J’ai ressenti beaucoup de plaisir à valider ma formation après la soutenance à la fin. Je pense qu’on pourrait jouer encore plus sur l’effet de plaisir que suscite la réussite sur OpenClassrooms : j’ai juste été informé par email, je n’aurais pas craché sur un tonnerre d’applaudissements. 😆
Un aperçu d’une présentation que j’ai dû créer parmi la dizaine de documents à livrer

J’en ressors avec une certaine fierté, comme tous les étudiants je pense : c’était du boulot !

Ca me sera utile dans mon travail au quotidien. Au passage, j’ai pu repérer des petits détails à corriger en cours de route, ça m’a donné de nouvelles idées pour OpenClassrooms… et surtout j’ai vraiment apprécié l’expérience.

Il y a encore du boulot pour qu’on s’améliore, bien sûr. Il y aura toujours du boulot. Mais je sais que je recommencerai. Je reprendrai de la soupe. 😋

La conception « inversée » des formations sur OpenClassrooms

Depuis ses débuts en 1999, OpenClassrooms (auparavant « Site du Zéro ») concevait uniquement des cours en ligne dans un format en self-service. A partir de 2013, nous avons progressivement développé des formations diplômantes avec une approche centrée sur l’employabilité des étudiants.

Concrètement, nous considérons avoir réussi notre travail uniquement si les étudiants trouvent un métier à la fin. Ce n’est pas un hasard si le nombre d’emplois créés est la première métrique suivie chez OpenClassrooms, au même niveau que le chiffre d’affaires.

Dans le système éducatif que nous connaissons tous, en temps normal un étudiant :

  1. Suit des cours
  2. Valide ses connaissances avec un examen diplômant
  3. Cherche ensuite un travail

L’école produit d’abord les cours, ensuite les examens et laisse les étudiants chercher un travail à la toute fin.

Nous avons pris le parti d’inverser cette logique et de commencer par le métier que l’étudiant pourrait exercer. Ce schéma issu de nos documents internes résume notre méthodologie :

Nous procédons donc comme ceci :

  1. Nous recherchons les métiers les plus demandés sur le marché. Pour cela, nous utilisons des sources aussi variées que les annonces d’emploi ou des agrégateurs tels que Talent Neuron. Les métiers moins demandés ne font pas partie de notre stratégie : nous privilégions les métiers en tension, c’est-à-dire où les recruteurs ont des difficultés à trouver les bons talents.
  2. Nous extrayons les compétences du métier sélectionné. Nous conduisons une analyse approfondie du métier en rencontrant des experts et des recruteurs. Souvent, les entreprises utilisent le même terme comme « Data Scientist » pour exprimer des missions très différentes. Notre rôle est ici de faire un choix éditorial : en moyenne, quelles sont les compétences attendues pour le métier visé ?
  3. Ensuite, nous concevons les projets qui permettront aux étudiants de montrer qu’ils ont acquis ces compétences. Les projets sont inspirés de vraies missions dont les étudiants pourraient avoir la responsabilité. Un projet valide une ou plusieurs compétences à la fois (rarement plus de 4 ou 5 compétences).
  4. Viennent enfin les cours. Une fois les projets définis, nous nous interrogeons : de quelles ressources les étudiants auront-ils besoin pour réaliser ces projets ? Nous créons nos propres cours que nous diffusons tous gratuitement sous licence libre Creative Commons. Nous n’hésitons pas aussi à lister d’autres ressources utiles afin que les étudiants prennent l’habitude de varier leurs sources.

La création des contenus proprement dits intervient donc en dernier à l’étape 4. C’est l’étape la plus longue et la plus coûteuse (et, paradoxalement, les cours eux-mêmes ne sont pas vendus chez OpenClassrooms). Cependant, tout cela n’a de sens que si les étapes 1 à 3 sont réalisées avec la plus grande rigueur.

Il faut compter 3 mois pour réaliser les 3 premières étapes, tandis que chaque cours prend environ 5 mois à produire avec l’aide d’experts métier, ingénieurs pédagogiques et vidéo. Si la production des cours peut être parallélisée, il faut néanmoins compter environ 1 an en pratique pour produire l’ensemble des cours d’une formation.

Les retours de nos étudiants et des recruteurs présents lors des jurys de fin de formation nous donnent des feedbacks utiles que nous intégrons en mettant à jour en continu notre référentiel de compétences, nos projets et nos cours.

Ce billet a été initialement rédigé pour les besoins du livre « L’évaluation de la formation – Pilotez et maximisez l’efficacité de vos formations » (3e édition, J. Pottiez, Dunod).

L’histoire d’OpenClassrooms en vidéo

Nous avons récemment produit une vidéo sous la forme d’un mini-documentaire pour présenter l’histoire d’OpenClassrooms. Il est centré sur les co-fondateurs (Pierre et moi). Pas facile de faire quelque chose de satisfaisant tant il y aurait de gens à remercier, mais on sentait qu’il fallait le faire au moins une fois. 😇

Un peu d’archéologie (Site du Zéro v1)

Je suis retombé par hasard sur une sauvegarde du Site du Zéro v1, datant du début des années 2000 (le site avait été lancé fin 1999). Je me suis surpris à relire certains de ces cours que j’ai écrit il y a très longtemps. Peu d’entre eux ont survécu, à part quand même le cours HTML que je continue encore aujourd’hui à mettre à jour.

Il n’y a peut-être que moi que ça intéresse, mais au cas où il y ait des curieux parmi vous, j’ai décidé de publier ces archives. Relire le code source est presque aussi amusant que de relire ces cours. 😆

Les cours que j’ai retrouvés incluent HTML (le tout premier), Visual Basic, Worldcraft…

Consulter les archives du Site du Zéro v1

Bonne lecture !

Manifeste

Je souhaitais depuis longtemps résumer en une page ce qui me motive, ce qui me donne de l’énergie, ce qui guide mes décisions. J’ai enfin pris le temps de le faire sous la forme d’un manifeste, que je publie ci-dessous.


En 1999, j’avais 13 ans et cherchais des livres pour apprendre à créer des sites web

L’histoire a commencé simplement : je voulais apprendre à créer des sites web, mais je ne trouvais pas de ressources pour débuter. Il y avait bien des livres à la librairie près de chez moi, mais ils étaient tous clairement destinés à des professionnels. Quant aux sites web pour se former, en 1999, n’en parlons pas : c’est à peine s’ils existaient.

J’ai passé des années à comprendre ce pour quoi je me battais. D’ailleurs, je ne me bats jamais vraiment. Du moins, pas directement. Je préfère trouver des solutions, combler les manques. C’est ce que j’ai fait, en écrivant le cours dont j’aurais eu besoin. Il est devenu un site web, le Site du Zéro, puis une entreprise, OpenClassrooms. Les cours qu’on y trouve, tous accessibles gratuitement, bénéficient aujourd’hui à 2 millions de personnes chaque mois.

J’ai la chance inouïe de recevoir des témoignages en continu de gens qui me disent que ce que j’ai fait a eu un véritable impact sur leur vie professionnelle.

Je n’oublierai jamais comment, la veille de Noël, alors que je faisais des cadeaux de dernière minute avec ma sœur, j’avais été arrêté par cet étudiant sénégalais dans une rue d’Avignon. Il avait la chance de pouvoir suivre des études en France dans une école parce qu’il avait pu se former en ligne sur mes cours pour réussir le concours d’entrée. Il était livreur de sushis pour payer ses études et avait tenu à m’offrir une grande boîte de sushis pour me remercier (j’ai donc mangé des sushis à Noël !). Sa main tremblait au moins autant que la mienne quand il me l’a serrée.

Je n’oublierai jamais non plus comment cet autre étudiant, devenu Data Scientist à Paris, m’a raconté son histoire. Originaire d’une petite île du Pacifique, en Polynésie Française, il n’avait pas accès à internet. Il profitait de ses passages à Tahiti pour télécharger des cours et apprendre, seul, de retour sur son île. C’est ce qui lui a permis de trouver sa voie et de devenir ce qu’il est aujourd’hui. 


Petit à petit j’ai compris que ce que je menais était en fait bien un combat : celui de l’accessibilité à l’éducation. Je l’ai compris parce que, à chaque fois que je vois un étudiant se voir refuser d’apprendre pour une raison injuste (quelqu’un qui vous dit « ce n’est pas pour vous »), mon sang se met à bouillir. Je le sens sous ma peau. Ça me rend fou.

Je déteste autant cette sensation qu’elle ne m’énergise : je ne veux pas en rester là, je veux faire quelque chose.

Je crois qu’on ne choisit pas ce qu’on aime. Cela vient à nous, comme une évidence, si on prend le temps de s’écouter vraiment.
Je crois qu’il n’y a pas une voie royale pour les études, à suivre à tout prix pour avoir le meilleur poste et le meilleur salaire. Je crois d’ailleurs que c’est chiant, le meilleur poste et le meilleur salaire.
Je crois qu’il y a autant de voies que d’individus.
Je crois que tous les parcours sont atypiques parce que nous sommes uniques.
Je crois qu’il n’y a rien de plus beau et de plus apaisant que d’être enfin dans sa voie.

Je crois qu’on devrait être informés de tout ça. Et même plus : je le veux.

Je veux qu’on ait accès à une information complète, non biaisée, des métiers qui existent.
Je veux qu’on puisse se faire accompagner, sans jugement, pour découvrir ce qui nous plaît vraiment.
Je veux qu’on puisse se former, se tromper de voie, recommencer à tout moment de la vie.
Je veux qu’il y ait une solution précise pour chaque étudiant qui ne peut pas suivre une formation quand il n’a pas les prérequis.
Je veux qu’il y ait une solution quel que soit le handicap : auditif, visuel, moteur… financier.
Je veux une plus grande diversité de profils dans tous les métiers, parce qu’une société plus inclusive part de là.

Je veux beaucoup de choses. Mais c’est bien, c’est apaisant : je suis dans ma voie. Celle qui consiste à aider les autres à trouver la leur.

Mathieu Nebra